Lorsque je regarde toutes ces photos d'Aubigné-Racan, je me dis, moi qui suis né dans cette commune, il y aura bientôt soixante douze ans, le petit village rural où remontent mes souvenirs d'enfance est devenu une belle petite ville de province, qui a été transformée au fil des années, sous un angle positif. J'avoue malgré tout, qu'il m'arrive souvent d'avoir un peu de mal pour retrouver mes repères, tellement les changements ont été importants. Si il y a quelque chose qui n'a pas changé, c'est bien l'aspect des caves. Ah, les caves! Peut-on dire qu'elles font partie du patrimoine de la commune natale? Oui bien sûr ! il faut remonter quelques décennies en arrière, à cette époque où Aubigné-Racan ressemblait à cette commune rurale dont je viens de parler. Comme tous ces villages des alentours, à cette époque, l'économie locale reposait essentiellement sur l'agriculture, multitude de petites exploitations, qui de nos jours ont disparu, le commerce de proximité, qui lui aussi n'existe plus, et l'artisanat. Avant d'aller plus loin dans mon récit, quelles étaient les origines de ces caves? Les maisons du village au dix neuvième, et au début du vingtième siècle, furent construites en pierres de tuffeau. Pour extraire ces blocs de calcaire, très prisés à cette époque dans le bâtiment, il fallut creuser, d'où l'existence d'une partie de ces caves. Il exista également une carrière à »ciel ouvert » sur la route de Sarcé. Elle fut, lorsqu'elle resta des années inexploitée, une aire de jeu qui était très appréciée par les gamins de mon âge, dans mon enfance. Cette carrière a maintenant disparu, et a fait place à différentes constructions. Quelques unes de ces caves, jusqu'au début des années 1920, furent habitées par des troglodytes, comme cela existe toujours entre château du Loir et Coëmon. Voilà tout ce que je sais sur l'historique, j'ai sans doute oublié certains détails, mais je pense avoir dit l'essentiel. Pour continuer, l'existence de tous ces refuges dans le tuffeau, était lié à la culture de la vigne, qui était présente un peu partout. Route de Vaas, de Sarcé, de Verneil, rue de la fontaine, où existent d'importants quartiers pavillonnaires de nos jours. Les cépages cultivés, n'étaient pas de grands crus, c'était un petit vin de Loir agréable à déguster, fait avec un raisin dont les appellations me reviennent en mémoire : Bacco, Oberlin, 5455, 4643, pour le vin rouge, rayon d'or, Chasselat et parfois du Noa pour le blanc. Toutes ces caves en tuffeau avaient leur raison d'être, notamment à l'époque des vendanges. Les vendanges, ce n'était pas un travail fastidieux, mais plutôt une petite fête, où certaines personnes n'hésitaient pas à louer leur service pour la récolte du raisin. Le repas préparé pour tout ce petit monde, moins important que celui des battages,était lui aussi copieux et se déroulait dans une ambiance « bon enfant ». Je ne veux surtout pas oublier de rappeler ( les anciens s'en souviennent ) que ces caves furent un lieu de refuge et de protection à la fin de la guerre. Effectivement, en juin 1944, Aubigné connut une époque dangereuse: bombardement du camp militaire, mitraillage d'un train de munitions vers la gare, bombardement du « pont de cœur » ect, ect. On n'hésitait pas à se réfugier dans ces lieux sûr aux moments dangereux. Puis de nos jours, les vignes ont disparu. Là où elles étaient, de nombreuses constructions firent leur apparition, et les caves ont été désertées, avec l'aspect qu'elles avaient lorsque j'étais gamin. La convivialité et le bon relationnel cité ci-dessus a lui aussi disparu à Aubigné comme ailleurs, avec la transition due au progrès. Le modernisme a ses bons et ses mauvais aspects. Quant à moi, lorsque je reviens par intermittence au pays, et que j'emprunte la rue du " tertre " en direction de Verneil, je regarde et détaille un court instant toutes ces entrées de caves qui sont restées intactes et qui semblent attendre un propriétaire éventuel et une vendange qui ne viendra plus! Non ne soyons pas triste, je ne veux pas terminer en disant, que, tout a été abandonné au niveau de la vigne. Pour quelqu'un qui apprécie le vin d'une façon modérée, si un jour vous preniez connaissance de ma région natale, je vous invite à faire un détour de vingt kilomètres, sur la route du Loir en direction de Marçon " la jolie » ou de Vouvray sur Loir et à déguster un vin nommé : le Clos des Jasnières. Goûtez, dégustez et vous ne serez pas déçus par ce super " petit vin blanc " !
Claude Ribet
Veuillez commenter sur la page des caves, cela vous évite de cliquer, cette note n'est donc pas comptabilisée