Les souvenirs d'un écolier, de l'homme d'aujourd'hui

Monsieur FROGER , un homme INTEGRE
C'était un homme de pure souche sarthoise. Son regard noir, et sa moustache épaisse, lui donnait un air austère et froid. Mais qui aurait pu penser, que, derrière cette solide carapace, se cachait un homme bon et toujours disponible pour rendre service dans sa profession. Tel était Monsieur Froger, le forgeron maréchal-ferrant de ma commune natale, Aubigné-Racan. Que le lecteur de la génération de mes enfants, voire de mes petits-enfants me pardonnent si cette description d'un autre âge, semble un peu ringarde. Il faut remonter à la fin des années cinquante, pour se remémorer une époque où notre village était essentiellement rural, comme je le présentais ci-dessus dans la description des campagnes d'autrefois. La vie évoluait aux pas des puissants chevaux, Percherons, Boulonnais, qui étaient les outils principaux pour les travaux de labours et de transports. Monsieur Froger, cet homme rude au labeur, le visage buriné par la pénibilité de sa profession, était toujours devant son foyer ou ses enclumes qui résonnaient très tôt le matin, et qui se taisaient très tard le soir. Le professionnalisme de cet homme était complet, la soudure à la forge ( technicité qui n'existe plus de nos jours ) sauf pour certain métiers en voie de disparition, n'avait pas de secret pour lui. S'il avait toujours gardé cet aspect bourru, c'est qu'il avait été endeuillé très tôt par la disparition de sa femme, il avait mis sur sa tombe une plaque où était gravé : mon Angèle, je ne t'oublierai jamais. Il avait été fidèle à son serment et à lui même, puisqu'il avait passé sa vie seul, face à son travail, qui, pour lui, était une passion. Que ce soit pour la réfection d'un soc de charrue ou de certains outils, du ferrage des chevaux, tous les cultivateurs le connaissaient et l'appréciaient à sa juste valeur. Puis, à un moment donné, d'une manière rapide, les campagnes se sont transformées. Face à l'évolution et au progrès, la mécanisation fit une rapide apparition et Monsieur Froger, était trop âgé pour refaire une formation. Alors, cet homme, qui, depuis le plus jeune âge, n'avait connu que le travail de la forge, n'hésita pas à se louer chez les particuliers pour des travaux de jardinage . Le modernisme ne fait pas de sentiment, et voir un homme finir sa vie en subsistant malgré de telles compétences professionnelles cela fait de la peine. En aout 1963, après le décès de mon père, pour effectuer certains travaux dans la maison où maman se trouvait seule, je fus obligé de faire rebattre et refaire quelques outils qui en avaient besoin. Lorsque je rendis visite à ce brave homme, celui-ci me dit : « Tu me fais plaisir, Claude, car en m'obligeant à ré allumer mon foyer, et à frapper sur l'enclume, je vais avoir l'impression de revivre. » Lorsque le lendemain, je lui rendis visite de nouveau pour récupérer mon bien, il me dit : « Avant de me payer ce que tu me dois, viens donc trinquer et goûter une petite eau de vie de prune » Je détaillais la grande pièce qui servait de cuisine, les murs peints et jaunis par le temps, la grande cheminée sarthoise, et surtout, ce grand diplôme encadré qui attestait et validait cette profession qu'il aimait tant, et qu'il n'avait pu continuer jusqu'à la fin. Plusieurs années plus tard, de passage au village natal, je lui rendis visite, il avait cessé toute activité, c'était la retraite bien méritée. Je lui demandai à un moment donné, s'il voulait bien me vendre un de ces deux soufflets de forge pour le transformer en table. Il me fit choisir celui des deux qui m'intéressait, ce que je fis. Nous nous mimes d'accord sur un prix, en lui précisant toutefois, que je ne pourrais le récupérer que l'année suivante, il me répondit qu'il n'y avait aucun problème. J'appris par la suite, bien avant que je récupère mon objet, que des brocanteurs de château du Loir, lui firent une proposition de prix nettement supérieure à celui que nous avions convenu. Il considéra ces braves hommes avec un petit sourire, en leur disant : « Ce soufflet si vous voulez, mais celui-là , le prix est fixé et je n'ai qu'une parole. » Que l'on trouve de nos jours, à l'époque où seul, le fric fait la loi, un homme avec une telle probité. Voilà comment était Monsieur Froger, le maréchal-ferrant de mon village.
Claude Ribet

Barrage de Vaas
Il était une fois Madame Alto
L'amour et la vie, sont les plus belles choses au monde, elles sont indissociables l'une de l'autre. C'est pour vous que j'écris ces quelques lignes, Madame ALTO, vous qui avez exercé pendant des décennies cette noble profession de sage femme, à une époque déjà lointaine dans notre région du sud de la Sarthe. Vous étiez domiciliée à VAAS,mais vous n'hésitiez pas à vous déplacer spontanément, lorsqu'il le fallait, vers AUBIGNE, SAINT GERMAIN D'ARCE, VERNEIL ect. afin d'aider à mettre au monde le bébé qui demandait à venir vers la vie. Votre métier était un véritable sacerdoce, vos compétences, votre dévouement hors du commun étaient très appréciés dans la région. Lorsqu'une future Maman se trouvait en fin de grossesse, elle recommandait à son entourage, de vous contacter le moment venu. Chez vous, la cupidité et la vénalité étaient inconnues.
Blason de la ville de Vaas, origine ancienne, répertoriage 1531 de Tours et 1696 (d'Hozier)
Avec son emblème de baronnie
" Couronné d'un cercle d'or, entouré d'un tortil de perles et de pierreries "
" De gueules, à une fasce d'argent, écartelé d'argent, à un pal de gueules "
Le dévouement sans faille, l'altruisme et l'abnégation étaient vos qualités essentielles. Il n'existait aucune différence entre le milieu aisé ou pauvre où vous exerciez votre profession. La qualité du service était la même. Lorsque vous arriviez dans un foyer, où à cette époque,le confort était différent de ce qu'il est aujourd'hui, vous passiez parfois plusieurs heures près de la personne qui donnait la vie. Lorsque, dans les conditions de vie et d'hygiène de cette époque, on entendait le premier cri du petit être qui venait de naître, vous regardiez la Maman avec cette éternelle douceur qui vous caractérisait, en lui disant: " Félicitations, c'est un gros garçon ou une belle petite fille " Après vous êtes acquittée de votre tâche,vous recommandiez à la Maman d'être prudente, et que vous lui rendriez visite dès que possible, ce que vous n'oubliez jamais de faire. Vous étiez en plus de vos immenses qualités humaines, une personne de parole. Pendant la guerre, votre Mari, combattant antifasciste de la première heure, fut arrêté et interné dans un camp de déportation, d'où il ne revint pas. Bien que très affectée psychologiquement, vous continuiez votre profession avec le même courage. Vous vous déplaciez avec les moyens de transport de l'époque. Lorsque, par une journée d'hiver,(où le froid était très rigoureux) vous quittiez votre patiente, vous vous assuriez toujours que le point de chauffage (cuisinière à bois ou cheminée) soit activé, afin que la Maman et le bébé puissent se reposer avec une température acceptable. Quel beau geste d'humanisme !!! Je me souviens, à la fin des années cinquante, date à laquelle vous avez dû cesser votre activité, vous vous déplaciez avec une quatre chevaux Renault (voiture en vogue à l'époque) La Municipalité de VAAS décida un jour (et c'est tout à son honneur) de perpétuer votre souvenir. Une rue de cette commune fut baptisée " rue Germaine Alto, Hommage bien mérité. " Vous qui avez pris le temps de lire ces quelques lignes, si un jour vous visitez cette belle petite ville de Vaas, et que vous empruntez la rue Germaine Alto, que vous soyez laïc ou croyant, recueillez-vous ne serait-ce qu'un court instant, en vous rappelant que cette femme de petite taille, fut à son époque une grande dame, qui par son dévouement sans faille, et sa très grande probité, a contribué à l'honneur de notre région du sud de la Sarthe.
Claude Ribet
Blason de Notre Dame de Vaas
L'Abbaye Notre-Dame de Vedatio de l'ordre de Saint-Augustin avec
ses attributs : la mitre et la crosse :
" D'argent à une fasce de gueules chargée d'un calice d'or "
En 1726, les chanoines réguliers de Prémontré prennent possession de l'Abbaye
" D'azur, semé de fleurs de lys d'or, à deux crosses d'argent posées en sautoir " .
( Ils tiennent le semis de fleur de lys d'or d'une concession faite par le roi Saint-Louis.)
Campagne d'autrefois
A cette époque, lorsque je descendais les rues du village vers huit heures et demi, pour aller à l'école, les foyers des deux forgerons de la commune, Monsieur Froget et Juignet étaient allumés depuis un bon moment . Les enclumes de ces deux artisans résonnaient par les coups de marteaux répétitifs qui frappaient l'acier chauffé à blanc, en l'allongeant, le coudant, l'étirant pour façonner où refaire un soc de charrue, ou tout simplement pour préparer les fers pour les chevaux. Il s'agissait d'un temps où notre commune d'Aubigné-Racan, essentiellement rurale, travaillait et évoluait aux pas des chevaux. Si, de nos jours, pour un agriculteur, cultiver dix hectares de terres, est insuffisant, à cette époque, il s'agissait d'une assez grande exploitation. Il existait, dans ces années là, une solidarité qui malheureusement a disparue. Au moment de la fenaison, il n'était pas rare qu'un cultivateur emprunte ou loue un râteau-faneur à son voisin. Pendant les moissons, certains agriculteurs qui n'avaient pas les moyens de posséder une moissonneuse-lieuse, l'empruntait sans problèmes à son voisin qui, lui en avait une. La solidarité était présente.
Je ne dis pas qu'il n'existait pas de petits différends, mais l'entraide était présente. Comment ne pas se rappeler des battages. Le machiniste arrivait à l'aube pour installer le matériel, les cultivateurs voisins venaient louer leur service, qui était rendu réciproquement. Chacun avait son poste de travail, celui qui se trouvait le plus haut perché sur le tas de gerbes qu'il passait une à une à son voisin situé plus bas, qui réceptionnait, coupait le lien et répartissait dans le haut de la machine. La paille était enlevée par une autre équipe, ne pas oublier les sacs de balle que l'on récupérait également. Le plus costaud de l'équipe chargeait sur son dos les sacs de blé de cinquante ou soixante kilos qu'il fallait déverser dans le grenier en gravissant l'échelle plus ou moins haute. La " Maitresse de maison " également aidée par les voisines, était présente très tôt pour la préparation des repas qui étaient particulièrement copieux, les entrées : traditionnelles charcuteries sarthoise - rillettes, pâtés de lapin, pâtés de campagne- présentées dans d'imposantes terrines en grès. Les plats de consistances, civets de lapin, volailles rôties , salade, fromages et les tartes maison copieusement arrosé avec le vin du pays, café et pousse-café.
L'effort demandé à tous ces braves gens qui se louaient de l'aube à la tombée de la nuit, était particulièrement récompensé sur le plan culinaire. Il faut avoir connu l'ambiance festive de ces repas pour en parler. Tout se déroulait dans la plus totale convivialité, où chacun y allait de sa petite histoire avec l'accent du pays si agréable à entendre. Ne pas oublier non plus les vendanges, qui s'effectuaient également dans un cadre festif et convivial.
Les vignes étaient présentes un peu partout dans notre région. Elles ont maintenant disparu, mais les caves sont toujours présentes, creusées dans le roc ( le traditionnel tuffeau), elles ont conservé le même aspect, et semblent attendre un propriétaire éventuel avec la vendange qui ne viendra plus. Puis au milieu des années cinquante, la mécanisation s'est rapidement installée. La transition s'est produite très rapidement. Un formidable bouleversement s'est opéré, les exploitations qui ont pu suivre, sont restées avec plus ou moins de difficultés, les autres ont disparu. Les écuries se sont vidées, et les tracteurs ont remplacé les chevaux. Les résonnements familiers des enclumes de nos deux forgerons se sont tus définitivement. On ne peut pas arrêter le progrès. Malheureusement, cette convivialité dont je parlais ci- dessus, a fait place à un repli sur soi, et à une certaine forme d'individualisme, c'est dommage ! … Je ne voudrais pas que le lecteur qui prend connaissance de ce récit, pense qu'il a affaire à un vieux " snock " qui larmoie sur un passé révolu, mais lorsque l'on a la chance d'être trois fois grand-père, je pense que, vis à vis des jeunes, si l'on veut qu'ils s'intéressent à l'instant présent, et que l'on est un peu soucieux de leur futur et de leur avenir, il ne faut pas hésiter à leur décrire le passé et de ses valeurs dont nous sommes tous les héritiers.
Sur cette photographie de 1928, mon père au milieu, mon grand père à genoux et un ami de ma famille.
Hommage à Jean Ferrat

Au revoir Jean
Aujourd'hui,je suis triste, mon AMI JEAN FERRAT s'en est allé. Moi qui suis un laïc, je me sens incapable de dire adieu à un homme comme toi, tu as par tes œuvres, incarné, dit, et chanté de telles valeurs. Oui, tu avais raison, nul ne guérit de son enfance. Oui ,tu avais raison, la femme est l'avenir de l'homme. Oui, enfin ô combien tu avais raison, lorsque tu dénonçais le rejet de l'autre, le racisme et l'antisémitisme, toi, qui fut meurtri si jeune dans ta chair. Merci enfin, pour ne jamais avoir oublié le monde du travail où tu étais né, sans jamais tomber dans le sectarisme. Tu seras toujours l'excellent chanteur, compositeur et interprète de ma jeunesse. Ton franc-parler, et ta soif de vérité qui te faisaient pointer du doigt sur l'injustice, te valurent parfois quelques soucis, censures et mises à l'écart. Peu importe, tu as toujours su rebondir, et ton œuvre immense est bien là, présente, et comme ces milliers de personnes qui t'aimaient et t'appréciaient, je suis persuadé qu'au fil des ans, les générations des petits-enfants, voire des arrières petits-enfants, apprécieront à leur tour ce que tu nous a légué. Il sauront écouter, interpréter, chanter tes magnifiques chansons. Merci mon AMI JEAN, pour avoir si bien interprète, l'amour et la vie qui sont indissociables l'une de l'autre.
Claude Ribet
Hommage à Simone Veil

Une Femme d'exception
Nous ne faisons pas partie de la même famille politique. Vous êtes une femme de droite, je suis un homme de gauche. Peu importe, je suis avant tout un Démocrate, un humaniste, et j'ai toujours rejeté la stupidité du sectarisme. L'intégrité, la rigueur et surtout la probité, au niveau des responsabilités politiques, doivent être reconnues et appréciées. C'est pourquoi, Madame, je pense, que je vous dois ces quelques lignes afin de rappeler la femme d'exception que vous êtes. C'est un honneur pour notre pays de vous rendre un hommage. Madame Simone Veil, qui a été confrontée à la " bête immonde" qu'était le fascisme hitlérien , qui a vu partir ses proches dans d'atroces conditions. Rescapée des camps de la mort, elle devint rapidement une Européenne convaincue. C'est de votre passage au ministère de la santé que je voudrais parler. Vous avez présenté, défendu et réussi à convaincre ce parlement composé d'une majorité d'hommes, afin de faire admettre, cautionner cette loi sur l'I.V.G. cette même loi qui plaçait la femme à l'égal de l'homme. Malgré les réticences, les attaques, les injures, à la limite du supportable, vous avez pu, par votre intelligence, et vos immenses qualités de persuasion, faire voter cette loi, grâce au soutien des voix de la gauche et des progressistes de droite. Les représentants de l'assemblée nationale, qui considéraient la femme avec un esprit moyenâgeux furent cloués sur place. C'est un honneur pour notre République de faire admettre une femme telle que vous à l'académie française. Que dire de vous Madame Veil, tout simplement BRAVO, et merci, pour ce que vous avez fait, pour votre combat sans relâche afin de supprimer cette injustice qui avait été faite aux femmes depuis toujours et, par l'adoption de cette loi qui les restituait à l'égal de l'homme. Mon ami Jean Ferrat qui, en reprenant un poème d'Aragon, avait dit dans l'une de ses chansons: La femme est l'avenir de l'homme, pour vous madame, combien il avait raison.
Monsieur Obama
Tout comme ces millions de personnes, "imprégnées " d'humanisme et de justice, j'ai suivi, non sans émotion, l'investiture du nouveau Président Américain. Le grand MARTIN LUTHER KING avait déclaré un jour : " J'ai fait un rêve, où les hommes de bonne volonté, bousculeront tous les tabous, afin que chaque être humain, dans notre pays et dans le monde puisse avoir les mêmes droits, sans rejets et discriminations, quelles que soient les origines ethniques, raciales, ou philosophiques. Ce rêve vient de se réaliser à l'aube de notre vingt et unième siècle. Le pays d'ANGELA DAVIS, de ces immenses artistes que sont LOUIS ARMSTRONG, ELLA FITZGERALD, de LIONEL HAMPTON etc. Le pays de l'ONCLE TOM et de ROSA PARKS, cette courageuse femme noire, qui fut emprisonnée pour avoir osé refuser de cèder sa place à un homme blanc dans un autobus de DETROIT, c'était en 1955. Que de chemin parcouru, quel progrès et quels bonheur et satisfaction pour des millions de personnes comme moi qui se sont toujours mis en travers des idéaux xénophobes et racistes. Je me souviens encore aujourd'hui, à la fin de la guerre en 1944, lorsque, dans mon village, nous voyions passer des camions de soldats américains, pour l'enfant de six ans que j'étais à l'époque, j'avais demandé à mon Père : " Pourquoi nos amis américains sont-ils toujours séparés, alors qu'ils sont du même pays ? " Mon Père m'avait répondu : " tu es encore trop petit pour comprendre, un jour, tu te rendras compte de cette injustice " Bravo Monsieur OBAMA, malgré vos origines et votre couleur de peau, vous avez réussi à accèder à ce poste suprême, grâce à vos immenses compétences, et au soutien des millions de démocrates et progressistes qui croient en vous. Nous espèrons que vous combattrez l'injustice comme vous l'avez promis et que vous serez un artisan influent pour la PAIX.
Bonne chance Monsieur OBAMA, et ne nous décevez pas.
Claude Ribet
































