Une destinée toute Maternelle

La Flèche, une ville tranquille dans la Vallée du Loir, une syllabe d'argile qui sort de la pierre de tuffeau et résonne dans la continuité des châteaux de la Loire. Ses maisons bourgeoises y côtoient les hôtels, ses boutiques, ses restaurants, son Prytanée national militaire, là où le climat angevin s'attarde en courtes pluies et bourrasques. C'est ici le 10 septembre 1815, dans une maison pauvre, non loin de la douceur du Loir que naquit Marie Joséphine Olinde Carpantier. Ses parents sont arrivés à la caserne de la Flèche par les aléas de la vie militaire. En cette année 1815, c'est le retour de Napoléon, les cents jours, du 1er mars au 18 juin 1815, le 21 mai, André Carpantier le père de Marie Joséphine est tué lors d'une insurrection royaliste, la fusillade a fait de nombreuses victimes. Joséphine, la mère est dorénavant obligée de travailler pour subvenir à la nourriture de ses enfants, elle trouve un emploi de lingère au Collège Royal et n'ayant pas les moyens financiers pour rémunérer une nourrice, elle confie Marie Joséphine à sa grand mère, dentelière, qui habite Alençon. Durant quatre années Marie Joséphine va vivre sereine dans la grandeur d'âme de sa grand mère, rendue invisible, silencieuse à la solitude de l'aiguille, du dès, du point d'Alençon. De retour à la Flèche la petite Marie Joséphine va à l'école, c'est un caractère bien trempé, elle n'hésite pas à se mesurer par la manière forte aux autres écoliers et c'est ainsi qu'elle est punie à porter la robe de pénitence pour avoir battu une élève. En cette année 1826, nous sommes à l'époque peu glorieuse où l'on employait les enfants de moins de 12 ans à des journées harassantes de 8 heures de travail consécutif, Marie a 11 ans, elle entre en apprentissage comme gantière, repasseuse. En 1833, la loi Guizot oblige les communes à ouvrir une école primaire, mais en l'instant se sont les salles d'asile créées en 1826 qui ont primauté, à la Flèche, la municipalité propose à Joséphine, la mère de Marie Joséphine, l'ouverture d'une salle d'asile, elle ouvrira ses portes le 27 février 1834. Le financement garanti des salles d'asile est octroyé par les fêtes de charité, les loteries. Prières, travaux manuels, instruction civique est la base donnée aux enfants et Marie Pape Carpantier encadre les enfants tout en allant se former au Mans. Après sa formation, Marie devient surveillante, reconnue comme modèle en la matière, elle devient directrice de Salle d'asile alors qu'elle n'a que 19 ans. La centaine de gamins est un travail fort éprouvant, épuisée elle s'arrête de travailler au grand dam des familles, l'Inspecteur de l'Instruction Publique déclarera : On ne peut espérer retrouver plus facilement dans une directrice le rare mérite qui distinguait mademoiselle Carpantier. Le 4 juillet 1842, sa santé remise, elle devient directrice de la salle d'asile du Mans et propose une autre manière de travailler, elle écrit : La méthode en l'état c'est la lettre morte. Il faut que l'instituteur apporte la couleur, le mouvement, l'à propos, l'avis ! Elle apprend par l'intuition, le sensible, le goût, ce qui permet aux enfants d'ouvrir leur intelligence, s'approprier le vivre ensemble par le corps et le langage. En 1847, elle quitte le Mans pour Paris, à l'école normale des salles d'asile, elle propose de changer le nom en École Maternelle, le décret d'application est signé le 28 avril 1848 par Carnot vivement conquit par l'idée. Marie Pape Carpantier requière la notoriété grâce à la publication de ses ouvrages, le premier livre intitulé : Conseils sur la direction des salles d'asile. Le Ministre de l'Instruction Publique monsieur Salvandy la place à la tête de l'École Normale destinée à la Formation des Personnels des Salles d'asile. Celle qui allait devenir l'une des plus grandes pédagogues de son temps est saluée dans plusieurs pays, les États Unis, notamment à Londres où ses travaux sont récompensés lors de l'exposition Universelle de 1862. Ses réformes pédagogiques sont largement diffusées par ses écrits, ses conférences, ses déplacements à l'étranger. En 1874, le Ministre de Cumont, hostile à l'indépendance de l'école et surtout pour la concurrence qu'elle représentait pour les congrégations religieuses, Marie Joséphine Pape Carpantier est dépossédée sans ambages de son activité, quelques mois plus tard un changement de politique intervient, elle est réhabilitée dans son honneur et son intégrité, elle est nommée Inspectrice générale des salles d'asile. Celle qui éleva les salles d'asile à un vrai rang institutionnel scolaire, l'école maternelle, par les notions de l'écriture, du calcul mental, de la lecture, la création d'exercices extra scolaire, meurt épuisée le 31 juillet 1878 à Villiers le Bel. Aujourd'hui en plein 21 siècle, on ne peut se représenter la notoriété d'une telle femme, mais la France entière, le monde ce jour là pleura l'inventrice de l'École Maternelle. Sur sa tombe, Marie Joséphine Pape Carpentier ne veut qu'une seule pierre et souhaite que ses livres soient distribués dans toutes les écoles de France, son vœu sera entièrement réalisé.
































