Le peintre Marcel Derulle à Aubigné-Racan

 

 

C'était hier, au milieu de la matinée. Un soleil chaud, généreux, sans le moindre coup de vent. Le ciel d'un bleu uni semblait sortir tout droit d'une photographie de vacance. Il pesait serein sur la nature environnante où les arbres, la végétation, les maisons ondulaient sous les soubresauts de la voiture. Avec Elisabeth et Robert, nous revenions du Lude où nous sommes passés sur la petite route de Varennes, nous avons vu le Ronceray, la maison du peintre Marcel Derulle. Je me vois tout enfant, quitter mes jeux, l'école et aller acheter le Maine Libre et le paquet de gauloise bleue pour mon père, chez le buraliste, monsieur Barres. J'ai l'impression que c'est hier, je sors du buraliste, il est ici, là devant moi le petit bonhomme sur la grande place de l'église, dans sa voiturette qui pétarade, elle ressemble pour beaucoup aux voitures de collections, une voiture de sport que j'ai vu dans le film de Black Edwards : La folle course autour du monde avec l'acteur Tony Curtis. Le peintre Marcel Derulle souffrait de la même maladie qu'un autre grand peintre de Montmartre, Toulouse Lautrec et il avait inventé sa voiturette à sa petite taille et qui fonctionnait je crois à l'électricité avec une batterie me dit mon amie Nicole Piétrin Historienne du Patrimoine de la Sarthe, une presque miniature. Je suis là, j'attends qu'il regagne clopin clopant son véhicule, il boitille, gêné de ne pouvoir allonger son pas. La sensation de souffrance, elle m'arrive de deux manières, quand je ne suis que moi même ou quand la douleur de l'autre se resserre en moi et tente de m'écraser, je souffrais pour lui. Le peintre Marcel Derulle est né le 14 août 1914 à Nancy, il est décédé au lieudit du Ronceray à Aubigné-Racan, le 22 avril 1981. Le petit bonhomme, c'est de ce diminutif affectif dont j'évoquais sa personnalité et mon père m'avait répliqué sentencieusement : C'est monsieur Marcel Derulle ! Cette marque de grand respect en disait long dans la bouche de mon père, tout comme la triste nouvelle de la mort du peintre qui s'était imbibée jusque dans les regards défaits. Le peintre Marcel Derulle, Grand Prix de Rome, avait appris la peinture à l'école des Beaux Arts de Nancy, il avait par la suite migré à Paris pour suivre l'enseignement de l'école de peinture des Beaux Arts. En l'année 1924, il expose au Salon des Indépendants, en 1932 au Salon d'Hiver et de 1935 à 1950 au Salon des Artistes français. De 1922 à 1963, il vit à Montrouge, et c'est cette même année qu'il vient vivre au village de sa femme dans leur maison du Ronceray à Aubigné-Racan. Marcel Derulle peint des scènes de la vie courante, des scènes du Montparnasse, de la Sarthe, il peint les gens du voyage pour lesquels il voue une véritable affection. Il peint de grandes fresques murales et notamment pour l'Exposition Internationale de Paris en 1937, il peint pour le grand hôtel Bamako, il peint pour les villes, les municipalités alentours et le célèbre restaurant : La Coupole de Paris qui porte encore ses peintures me souligne Nicole Piétrin. A Aubigné-Racan, le peintre s'active à la vie locale, il participe à la troupe du théâtre pour laquelle il peint de magnifiques décors de scènes, dont il ne reste malheureusement rien sauf des photographies que des acteurs d'autrefois comme André Chotard qui les gardent précieusement. Dans l'hôtel de ville d'Aubigné-Racan, Marcel Derulle peint une magnifique fresque en l'honneur des hommes morts au cours de la Première et de la Deuxième Guerre mondiale. Pour l'église d'Aubigné-Racan, il peint le célèbre tableau La Résurrection, j'ai conservé tous les livres de lecture de mon enfance et notamment celui du Chanoine Prigent, intitulé : Mon petit catéchisme illustré cours préparatoire édition Tolra, Nihil obstat, Quimper 5 juillet 1947, J. H. Guéguen, Doyen du Chapitre C. censeur et Imprimatur Quimper 12 avril 1967 J. Cadiou. Vicaire Général. La page 15 de ce petit livre intitulée : Le Mystère de la Rédemption, il existe l'image parfaite, en tous ses détails du magnifique tableau : La Résurrection, le peintre Marcel Derulle s'en est il inspiré ! seule l'histoire nous le dira. Beaucoup de toiles du peintre Marcel Derulle sont conservées dans les Musées tels ceux du Musée de l'Air, celui de Saint-Priest, de Gaillac, celui de l'Espace du Bourget à Paris, d'autres figurent dans les collections privées à New-York, en Belgique, en Hollande, en Grande-Bretagne, à Santiago-du-Chili, à Pittsburgh et d'autres comme celles du diaporama qui m'ont été gracieusement prêtées pour ma note par mon ami Éric Langlois, producteur au cinéma, les films tels : Dieu, l'amant de ma mère et le fils du charcutier pour ne citer que celui ci. Je conserve un souvenir heureux de la belle figure de cet homme humble et généreux et qui n'hésitait jamais à converser avec moi, moi le môme de 10 ans intrigué par sa peinture et sans doute quelque peu par son handicap.

 

 

  

L'inauguration de la Maison Saint Martin

 

Par Marie Christine Laheyne Stef

 

 

 

 

Dans les années soixante, soixante dix, au hasard de rencontres à Aubigné Racan, famille Chotard, ainsi que Tatave et Margot entre autre, Louis Laheyne, directeur de l’Orphelinat Saint Georges des Orphelins Apprentis d’Auteuil installé à Verneil le Chétif à la Basse Cour, non pas au Château de Mangé comme souvent il est dit, rencontre Marcel Derulle. En 1970 l’Orphelinat St Georges est fermé et transféré à la Bruère sur Loir, au Château de Maison Rouge, dans le cadre de l’inauguration du nouvel établissement nommé Maison Saint Martin, en 1971 il fait appel à Marcel Derulle pour illustrer les cartons d’invitation et les menus de cette cérémonie. Cette collaboration ne s’arrêtera pas là puisque Marcel Derulle exposera ses œuvres pendant la manifestation dans les ateliers de l’école. Une grande majorité des toiles était sur le thème du Loir et ses alentours, mais aussi des scènes gitanes, un des sujets de prédilection du peintre. C’est à cette occasion qu’à l’âge de 10 ans j’ai croisé le peintre au côté de mon père, avec un vague souvenir de sa demeure, mais surtout le souvenir du personnage " un petit bonhomme " qui gentiment m’avait dédicacé mon menu le 6 mai 1971. Lors de cette inauguration Marcel Derulle avait vendu un certain nombre d’œuvres et en reconnaissance il offrit à mes parents une toile intitulée " Le Loir à Varennes ".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Diaporama des peintures de Marcel Derulle

 

Les ouvrages de mon amie Nicole Piétrin

 



07-04-2010 | 3468 vues

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