Une jeunesse, une adolescence héroïque

C'est par une journée de forte gelée, à Seloncourt, dans ces belles terres de calcaire, rythmées des giboulées et des orages, ce 27 octobre 1926, que vient au monde Henri Fertet. Ses parents sont instituteurs, tout comme l'était la lignée de ses grands parents, tous originaires du Doubs en Franche Comté. Dans l'odeur de l'encre et de la craie, les bruits de l'école, des cris des enfants, les grincements de la plume sergent major, les images illustrées des cartes de 1875, la voix de son père instituteur, le jeune Fertet grandit par un savant développement personnel et singulier, une singularité riche de sens, faite d'une libération toute spirituelle, dans une foi indéfectible pour sa famille, sa patrie, ses amis. Henri est un chrétien catholique et il le dit haut et fort à qui veut bien l'entendre alentour. Amoureux de la vie et de la nature, Henri Fertet aime gravir les pentes et les monts, les combes bordées des forêts du Doubs à la recherche des quelques pierres et autres vestiges dont il fera plus tard sa passion. En 1937, Henri Fertet, ayant obtenu avec la mention Très Bien son Certificat d'études primaire, il quitte Seloncourt pour le lycée Victor Hugo à Besançon. La-bas à Besançon, c'est un élève surdoué, ordonné, aimé de ses professeurs, apprécié des autres élèves, il est passionné par la nature, la pierre, l'archéologie, l'histoire. La guerre éclate, c'est la débâcle, puis l'armistice de 1940 est signé, Henri Fertet qui n'a que 14 ans pense sérieusement, lui le catholique, à rejoindre les groupes communistes du maquis. Le 22 octobre 1941, il apprend la mort héroïque à l'âge de 17 ans du jeune communiste Guy Môquet, à ce moment, il s'engage, il engage sa foi en Dieu, sa foi en sa patrie, sa foi en sa famille. En 1942, Henri Fertet rejoint le détachement jostice du membre catholique des jeunesses ouvrières Marcel Simon, dans le groupe il y a le jeune Philippe ( Roger Bourdy), déjà responsable inter-régional des FTP, qui demande à Marcel Simon et Henri Fertet quel nom ils proposeraient à leur détachement de francs-tireurs ? Henri Fertet répond : Il faut nous appeler le détachement Guy Môquet, à la mémoire du plus jeune Français assassiné par les nazis à Châteaubriant et étudiant comme moi. Catholiques et communistes ensembles, frères d'armes pour une foi différente, une cause commune. Les éclats du Détachement Guy Môquet font échos partout en France comme à l'étranger, et les actes de sabotages de Henri Fertet dit Émile et de ses camarades donnent du fils à retordre aux nazis. En 1943, Émile ( Henri Fertet ) qui n'a pas encore 17 ans participe en tant que chef de groupe de seize personnes à la destruction le 16 avril 1943 du dépôt d'explosifs du poste de garde du Fort de Montfaucon, le 7 mai 1943, ils détruisent le pylône à haute tension de Châteaufarine non loin de Besançon. Sur la route de Besançon Quingey, le 12 juin 1943, le groupe attaque la voiture du commissaire des douanes, l'allemand Rothe, Émile tire le blessant mortellement, mais l'arrivée d'un soldat en moto l'empêche de confisquer l'uniforme et les papiers de Rothe. Dès lors à partir de juin, le groupe est activement recherché par les nazis et la gestapo, Henri Fertet dit Émile est arrêté le 3 juillet 1943 à 3 heures du matin au domicile légal de ses parents à l'école de Besançon-Velotte. Henri Fertet est incarcéré à la prison de la butte à Besançon et il est sans doute à cette heure cruciale, le plus jeune emprisonné de France, il n'a que 16 ans. Il est condamné à mort avec d'autres camarades lors de sa parution près le Tribunal militaire de la Feldkommandantur 560 et Durant 87 jours de tortures et de sévices, Henri Fertet dit Émile est exécuté le 26 septembre 1943 à la citadelle de Besançon. Henri Fertet fut créé Compagnon de la Libération à titre posthume ( décret du 7juillet 1945 ), Médaillé de la Résistance, mais aussi Chevalier de la Légion d'Honneur. Il reçut également, la Croix du Combattant Volontaire 1939-1945, ainsi que la Médaille des Déportés et Internés Résistants. Henri dans un courage hors du commun écrit à sa famille une dernière lettre bouleversante que l'on peut rapprocher à tant d'autres lettres de jeunes étudiants morts fusillés, telle celle du jeune René Laforge qui parvint à ses parents : Vous irez dire à mon directeur de l'école normale que je suis mort courageusement comme il sied à l'homme qu'il avait formé. Dites lui adieu tendrement de ma part.
Besançon, prison de la Butte (Doubs)
26 septembre 1943
Chers parents,
Ma lettre va vous causer une grande peine, mais je vous ai vu si pleins de courage que, je n'en doute pas, vous voudrez bien encore le garder, ne serait-ce que par amour pour moi. Vous ne pouvez savoir ce que moralement j'ai souffert dans ma cellule, [ce] que j'ai souffert de ne plus vous voir, de ne plus sentir sur moi votre tendre sollicitude que de loin, pendant ces quatre-vingt-sept jours de cellule, votre amour m'a manqué plus que vos colis et, souvent, je vous ai demandé de me pardonner le mal que je vous ai fait, tout le mal que je vous ai fait. Vous ne pouvez douter de ce que je vous aime aujourd'hui, car avant, je vous aimais par routine plutôt mais, maintenant, je comprends tout ce que vous avez fait pour moi. Je crois être arrivé à l'amour filial véritable, au vrai amour filial. Peut-être, après la guerre, un camarade parlera-t-il de moi, de cet amour que je lui ai communiqué ; j'espère qu'il ne faillira point à cette mission désormais sacrée. Remerciez toutes les personnes qui se sont intéressées à moi, et particulièrement mes plus proches parents et amis, dites-leur toute ma confiance en la France éternelle. Embrassez très fort mes grands-parents, mes oncles, mes tantes et cousins, Henriette. Dites à M. le Curé que je pense aussi particulièrement à lui et aux siens. Je remercie Monseigneur du grand honneur qu'il m'a fait, honneur dont, je crois, je me suis montré digne. Je salue aussi en tombant mes camarades du lycée. À ce propos, Hennemay me doit un paquet de cigarettes, Jacquin, mon livre sur les hommes préhistoriques. Rendez le "Comte de Monte-Cristo" à Emeurgeon, 3, chemin Français, derrière la gare. Donnez à Maurice Andrey de La Maltournée, 40 grammes de tabac que je lui dois. Je lègue ma petite bibliothèque à Pierre, mes livres de classe à mon cher Papa, mes collections à ma chère maman, mais qu'elle se méfie de la hache préhistorique et du fourreau d'épée gaulois. Je meurs pour ma patrie, je veux une France libre et des Français heureux, non pas une France orgueilleuse et première nation du monde, mais une France travailleuse, laborieuse et honnête. Que les Français soient heureux, voilà l'essentiel. Dans la vie, il faut savoir cueillir le bonheur. Pour moi, ne vous faites pas de soucis, je garde mon courage et ma belle humeur jusqu'au bout et je chanterai "Sambre et Meuse" parce que c'est toi, ma chère petite maman, qui me l'a appris. Avec Pierre, soyez sévères et tendres. Vérifiez son travail et forcez-le à travailler. N'admettez pas de négligence. Il doit se montrer digne de moi. Sur les "trois petits nègres", il en reste un. Il doit réussir. Les soldats viennent me chercher. Je hâte le pas. Mon écriture est peut-être tremblée, mais c'est parce que j'ai un petit crayon. Je n'ai pas peur de la mort, j'ai la conscience tellement tranquille. Papa, je t'en supplie, prie, songe que si je meurs, c'est pour mon bien. Quelle mort sera plus honorable pour moi ? Je meurs volontairement pour ma Patrie. Nous nous retrouverons bientôt tous les quatre, bientôt au ciel. Qu'est-ce que cent ans ? Maman rappelle-toi : "Et ces vengeurs auront de nouveaux défenseurs Qui, après leur mort, auront des successeurs." Adieu, la mort m'appelle, je ne veux ni bandeau, ni être attaché. Je vous embrasse tous. C'est dur quand même de mourir.
Mille baisers. Vive la France.
Un condamné à mort de 16 ans.
H. Fertet.
Excusez les fautes d'orthographe, pas le temps de relire.
Expéditeur : Monsieur Henri Fertet, au ciel près de Dieu.
































