Une jeunesse spontannée, courageuse

 

 

Lyon, la cité des Soies, le pays des tisseurs, non loin du Rhône, dans une très vieille maison, tout en haut de la Croix Rousse et des remous inlassables du fleuve, ici que vient au monde le 9 octobre 1920, Marcel Bertone. Son père était d'origine italienne, ses ancêtres avaient fuis l'Italie dans ce que l'on appela l'immigration méridional, le sud du pays essentiellement agricole était aux mains des riches propriétaires terriens et des terribles bandes de brigands appelés communément les brigantaggios, sorte de mafia locale, un mouvement insurrectionnel, cruel et qui fut violemment réprimé. Ces grands propriétaires terriens fonciers étaient tous des notables, aidés par les bandes de mafieux, des brigands, ils maintenaient par la servitude, la séduction, le crime, leurs paysans dans un état d'asservissement proche de celui l'esclavage ou du servage. Le père de Marcel Bertone était maçon comme la plupart des italiens venus s'installer sur la terre historique des Canuts lyonnais. Au delà du racisme ambiant, le père et la mère élèvent leur nombreuse progéniture dans l'amour de la France, de leur nouvelle patrie comme l'aime à le dire et le redire le père Bertone, ici dans ce très vieux quartier où la pierre, les maisons nous rappellent l'histoire, les révoltes, la misère et les combats des Canuts lyonnais. Marcel Bertone est un élève doué, appliqué, il fait l'honneur de ses professeurs et celui de sa famille, sa mentalité s'enracine tout naturellement dans et depuis la terre qui les ont accueilli, il vit sa liberté dans la liberté de l'autre avec un sens singulier de la compassion humaine. Chez les Bertone, on est tous républicains et communistes convaincus et Marcel ne faillit pas à la règle ancestrale, il entre ainsi au Parti Communiste et il a tout juste 15 ans. Marcel Bertone qui vient de fêter son 16 anniversaire s'engage libre dans les Brigades internationales, il participe activement à la guerre d'Espagne et contre le franquisme et c'est alors qu'il rentre en France 3 ans plus tard, nous sommes dès les premiers jours de 1939. Marcel Bertone avait été trois fois grièvement blessé en Espagne et c'est un jeune homme très amaigri qui fit sa première visite au secrétariat de la région Rhône-Ain des Jeunesses communistes : je suis de retour et je viens me mettre à votre disposition ! Le dimanche, Marcel Bertone aime se rendre à la campagne, il y retrouve sa jeune fiancé Jeannette Fedit qui était secrétaire du Foyer des jeunes filles de France de la Croix Rousse, il aime retrouver les Gônes, les enfants en patois lyonnais, Marcel et sa fiancé aime particulièrement se promener dans la nature, flâner au bord de l'eau, se baigner. Malgré le chômage qui sévit Marcel Bertone trouve un emploi d'aide comptable et tandis que la guerre fait rage, il est interné en tant que communiste dans différents camps dont le camp Fort de Paillet dans la commune vallonnée de Dardilly le Mont. Le 10 février alors qu'il est incarcéré, il épouse en prison Jeannette. Pour l'éloigner de Lyon, de sa femme, le 20 février, il est incarcéré à Fort Barreau dans l'Isère et c'est ainsi qu'il sera transféré de camp en camp de concentration, tel Carpiane près de Marseille, Riom la Montagne dans le département du Cantal et le dernier le camp de Chibéron dans le Var d'où il s'évade le 7 octobre 1940, les communistes ayant été un temps suspectés pour cause de l'implication soviétique du pack conclu entre Hitler et Staline. Après son évasion, Marcel Bertone séjourne à Montceau-les-Mines, à Troyes, puis il arrive en novembre à Paris où il devient le responsable de la banlieue sud des jeunesses communistes, il est hébergé dans le XI arrondissement par les jeunes Kwas et Feingehalter. Pour Marcel Bertone, le travail est pénible d'autant qu'il a été sérieusement affaibli par tous ses internements, Jeannette qui est enceinte est malade, si bien que l'on doit l'hospitaliser en urgence. Marcel Bertone change de travail, il devient transporteur à vélo-remorque, c'est à ce moment que le couple avec leur petite fille loue un petit appartement rue de la Folie Méricourt dans le XI arrondissement. Louis Bertone continue ses sabotages avec son groupe de francs tireurs et le 18 décembre 1941, il est arrêté en compagnie de deux de ses camarades, ils venaient de terminer l'incendie des camions de la Wehrmach. Marcel Bertone est jugé avec 26 autres francs tireurs au Tribunal de Paris, il est condamné à mort et il est fusillé le 17 avril 1942. Marcel Bertone, Grand Héros de la Résistance a reçu à titre posthume, les plus hautes distinctions de la République. A Lyon, les lyonnais n'ont pas oublié le garçon courageux, le jeune homme épris de liberté et au lendemain de la guerre, dans une cérémonie émouvante, avec Jeannette sa femme, sa petite fille Hélène, à Lyon l'on baptisa dans le quartier de la Croix Rousse, sur la colline de la Croix Rousse, la place principale Place Marcel Bertone Résistant Français 1920 – 1942, ici où son grand père et sa grand mère, italiens de naissance étaient arrivés fuyant pour leur liberté. Juste avant son exécution, il écrit cette lettre bouleversante à sa petite fille Hélène.

 

Ma petite Hélène,

 

Ma petite Hélène, lorsque tu liras cette lettre ton petit cerveau commencera sans doute à comprendre la vie. Tu regretteras de ne pas avoir à tes côtés ton papa qui t'aurait rendue si heureuse avec ta maman. Mon Hélène, tu dois savoir un jour pourquoi ton papa est mort à vingt et un an, pourquoi il s'est sacrifié, pourquoi il a fait semblant de t'abandonner. Je t'ai aimé avec tout l'amour paternel dont un homme peut être capable. J'avais fait de beaux rêves d'avenir pour toi, je ne suis plus, mais j'ai confiance dans ta maman qui saura me remplacer auprès de toi. Ma petite Hélène, il est deux heures, il faut être prêt. Il faut me dépêcher. Ecoute et respecte mes volontés. Dans tout ce que tu feras dans la vie, respecte ta mère, respecte le souvenir de ton père. Si, un jour,tu manquais de respect à ta maman, sache que si je pouvais l'apprendre, je sortirais de la tombe pour te le reprocher. Apprend à connaître les raisons pour lesquels je suis tombé. Apprend à connaître ceux qui t'entourent et juge les gens non d'après ce qu'ils te diront, mais d'après ce que tu les verras faire. Aie la volonté, l'ambition de devenir. Aie l'esprit de sacrifice pour les choses nobles et généreuses. Ne te laisse pas arrêter par les choses qui paraîtront te convaincre que ton sacrifice est vain, inutile. Soutien ta maman par ta conduite honnête, ne lui crée pas de souci inutiles. Aide là de toutes tes forces, car la vie pour elle fut semée de souffrances amères et tragiques. Si dans la vie, tu ne connais pas la richesse, console toi en pensant que là ne se trouvent les sources du vrai bonheur. Choisi un honnête travailleur pour mari. Choisi le généreux, aimant, travailleur, capable de t'aimer. Ma fille, en pensée, je t'embrasse, on ne nous a pas accordé l'autorisation de nous voir … peut être cela vaut il mieux ?

 

Adieu mon Hélène, ton papa est mort en criant Vive la France.

Fait à la prison de la Santé, le 17 avril avril 1942, date de mon exécution.

 

Marcel Bertone

 

Ne baisse pas la tête parce que ton papa est fusillé



06-05-2010 | 3578 vues

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